Chronique d’Erik Magnus | Le gagnant remporte tout ou davantage de démocratie ?
Chaque pays a son propre système électoral.
Aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne, c’est le gagnant qui remporte tout.
→ Avantage : le parti majoritaire n’a pas à faire de compromis et peut décider seul de la politique à mener.
→ Inconvénient : : risque d’une politique trop unilatérale.
Donald Trump est l’exemple type de ce qu’il ne faut pas faire : un comportement obstiné et impulsif peut conduire à une politique discutable.
Dans un tel système, il arrive aussi régulièrement que l’on revienne en arrière et que des mesures (judicieuses) prises précédemment soient abrogées pour des raisons politiques et vindicatives.
L’alternative est un système plus démocratique dans lequel plusieurs partis peuvent participer à la politique. En Belgique, cela se fait avec un seuil électoral afin d’éviter une trop grande fragmentation, tandis qu’aux Pays-Bas, il n’y a pas de seuil électoral et il y a donc trop de petits partis insignifiants.
Notre système est donc plus démocratique qu’aux Etats-Unis, mais il exige des compromis qui peuvent conduire à la transformation d’un cheval de course en un chameau difforme, comme l’a dit un jour Gaston Eyskens, et comme c’est à nouveau très actuel aujourd’hui.
Deux exemples récents : la réforme de la TVA et l’indexation en centimes.
→ La réforme de la TVA est une monstruosité dont Marc Coucke a fait une délicieuse parodie. Heureusement, le Conseil d’État l’a entre-temps réduite en cendres. Mais cela n’a pas de caractère contraignant et, comme le MR continue de s’opposer à une augmentation générale de la TVA, on peut se demander quelle autre bête hideuse pourrait la remplacer.
→ L’indexation en centimes n’a pas non plus été mûrement réfléchie, sous la pression du temps pour parvenir à un résultat budgétaire. Il était prévu de l’introduire le 1er janvier 2026, mais fin février, on ne sait toujours pas où nous en serons. Non seulement la complexité n’a pas été bien réfléchie, car les nombreuses commissions paritaires ont toutes leur propre système d’indexation.
Entre-temps, la situation a également évolué de manière défavorable pour les employeurs.
Alors qu’il était initialement prévu de répartir l’index économisé entre les pouvoirs publics et les entreprises, cela dégénère aujourd’hui en une contribution à la modération salariale, sans tenir compte de la discussion sur la norme salariale.
Ces deux exemples jettent donc une ombre importante sur le modèle de compromis.
Mais le «winner takes it all» est-il la bonne alternative ? La question reste posée.