F A C T C H E C K
La réparation d’un vêtement est-elle une forme de recyclage ?
NON
Les termes «réparation» et «recyclage» sont souvent utilisés de manière interchangeable, mais ils ont des significations totalement différentes :
→ La réparation prolonge la durée de vie d’un vêtement.
→ Le recyclage permet de récupérer les matériaux lorsque la réparation n’est pas possible.
❗Pourtant, on constate que ces termes sont utilisés de manière interchangeable sur le marché et dans la communication. Cela crée une confusion, d’autant plus que la circularité est de plus en plus étroitement liée à la réglementation européenne, à l’information sur les produits et à la responsabilité des fabricants.
=> Cet article apporte les nuances nécessaires pour distinguer clairement ce que signifient réellement la réparation, la réutilisation et le recyclage.
Qu’entend-on par «recyclage» ?
Le recyclage concerne la récupération de matières premières ou de matériaux, et non la remise en état du produit : dans un scénario idéal, le recyclage n’intervient que lorsqu’un vêtement n’est réellement plus utilisable, réparable ou valorisable — mais aujourd’hui, ce n’est pas encore la réalité.
Les vêtements qui, après collecte et tri, ne peuvent pas être réutilisés (ou préparés en vue de leur réutilisation) sont recyclés dans une économie circulaire. Nous distinguons deux niveaux de recyclage :
- Boucle fermée : les fibres sont réutilisées pour fabriquer de nouveaux produits textiles
- Boucle ouverte : les fibres sont transformées en d’autres applications telles que le rembourrage, l’isolation ou les matériaux industriels.
Le recyclage fait partie intégrante de la gestion des déchets dans le cadre de l’économie circulaire et constitue un élément central de systèmes tels que la responsabilité élargie des producteurs (REP), dans lesquels les producteurs sont chargés de la collecte, du tri et du traitement des produits qu’ils mettent sur le marché, une fois que ceux-ci sont devenus des déchets.
Pourquoi la réparation n’est pas du recyclage – mais est encore plus importante.
Bien que le recyclage soit souvent considéré comme LA solution circulaire par excellence, il ne s’agit en réalité que d’un élément parmi d’autres dans une hiérarchie bien plus large de stratégies circulaires. Dans le secteur du textile, il est essentiel de comprendre l’ensemble du parcours qu’effectue un produit avant même qu’il ne soit prêt à être recyclé.
L’échelle de Lansink — référence en matière de hiérarchie des déchets depuis 45 ans — aide à déterminer quelles étapes sont les plus durables pour les vêtements et les textiles. Du plus souhaitable au moins souhaitable :

- PREVENTION : Prévenir la production de déchets en privilégiant la qualité et en réduisant au minimum l’utilisation des matières premières
- REUTILISATION : (PRÉPARATION EN VUE DE) la réutilisation de matériaux, de composants ou d’autres produits qui, après usage, sont réutilisés en l’état => réutilisation des produits
- RECYCLAGE : uniquement lorsque la réutilisation (ou sa préparation) n’est plus possible => réutilisation des matériaux
- ENERGIE : les déchets énergétiques sont utilisés comme combustible ou pour d’autres modes de production d’énergie
- INCINERATION : les déchets sont éliminés par incinération, conformément aux directives légales
- MISE EN DECHARGE : les déchets sont mis en décharge et les matières premières recyclables de valeur sont perdues
> La remise en état n’est pas du recyclage, mais elle retarde le recyclage — et maximise la valeur des matériaux tout au long de leur cycle de vie.
Recyclage et économie circulaire : où en sommes-nous aujourd’hui ?
En Belgique, on estime qu’aujourd’hui environ 40 % des textiles collectés sont réutilisés et environ 35 % recyclés — il s’agit presque exclusivement de recyclage en circuit ouvert — tandis que le reste est traité par valorisation énergétique ou finit malheureusement en décharge.
Depuis le 1er janvier 2025, la collecte sélective des textiles est obligatoire dans toute l’UE, ce qui permet un tri plus précis des matériaux collectés. Les techniques de tri, les connaissances et les technologies disponibles évoluent progressivement vers le tri fin, un processus qui n’est pas encore tout à fait au point, mais qui, à terme, pourrait déboucher sur une meilleure qualité de recyclage et un processus de recyclage plus efficace — même si les défis structurels dans la chaîne restent considérables.
Principaux défis
Défis techniques
- La présence de matériaux mixtes et de combinaisons de fibres complexes rend le recyclage difficile.
- La séparation des fibres n’est pas encore toujours réalisable d’un point de vue technique et économique.
- Les infrastructures sont en cours de développement et ne sont pas suffisamment évolutives.
Défis réglementaires
Le règlement ESPR (Ecodesign for Sustainable Products Regulation) introduit des exigences en matière de conception, de durabilité et de recyclabilité. De futures obligations concernant la teneur en matériaux recyclés pourraient voir le jour.
=> Le passeport numérique du produit (DPP) pourrait contenir des informations sur la recyclabilité et la teneur en matériaux recyclés d’un produit.
Défis économiques
- Les fluctuations de la demande en fibres recyclées freinent les investissements.
- Les prix du marché rendent parfois le recyclage difficile sur le plan financier.
- Des mesures d’encouragement et de soutien supplémentaires sont nécessaires.
Sensibilisation et collecte
- Le comportement des consommateurs reste très variable : malgré l’obligation de collecte sélective dans tous les États membres de l’UE, une grande quantité de textiles finit encore dans les déchets résiduels.
- Le message concernant la collecte n’est pas encore assez clair pour les consommateurs
- Les consommateurs doivent être conscients que les vêtements de mauvaise qualité ne peuvent pas non plus donner lieu à un processus de recyclage ou à un matériau recyclé de qualité.
Retexbel & REP: qui fait quoi ?
La responsabilité élargie des producteurs (REP) rend les producteurs responsables des textiles, des produits liés au textile et des chaussures qu’ils mettent sur le marché au sein d’un État membre de l’UE. Retexbel prend en charge, pour les producteurs qui lui sont affiliés, les obligations légales découlant de la directive-cadre sur les déchets (WFD), notamment :
- Collecte
- Le tri
- Le traitement ultérieur selon la hiérarchie des déchets
Retexbel aide les entreprises dans les domaines suivants :
- Collecte uniforme
- Tri de qualité
- Suivi des données
- Développement de solutions circulaires
- Innovation et projets sectoriels autour du recyclage
Le rôle de Retexbel en tant qu’organisme de gestion collective (PRO) prend de plus en plus d’importance dans le cadre des ambitions européennes visant à valoriser davantage les textiles et à éviter la perte de valeur.
Conclusion – Pourquoi cette nuance est importante.
La réparation n’est pas du recyclage. Mais c’est bel et bien un moyen de réduire l’impact environnemental des vêtements.
En maintenant les produits le plus longtemps possible au sommet de l’échelle de Lansink, nous maximisons leur valeur, minimisons les déchets et gagnons du temps pour continuer à développer et à déployer à plus grande échelle les technologies de recyclage.
=> En fournissant des informations fiables et une analyse claire, nous souhaitons accompagner les entreprises afin qu’elles puissent évoluer avec confiance dans une chaîne textile en pleine transformation. Le recyclage, la réparation et les règles circulaires constituent un paysage complexe, mais personne ne doit y faire face seul. Creamoda reste le point de référence où les entrepreneurs peuvent trouver clarté, expertise et orientation — afin que le secteur soit plus fort aujourd’hui et mieux préparé pour demain.
Vous avez des questions ou vous êtes membre ? Contactez-nous à l’adresse ilse.roosens@creamoda.be.